Le pompier
Il devait avoir la soixantaine, peut-être un peu plus. Mais dès qu'il passa la porte, l'âge devint franchement secondaire.
Près d'1m80, autour de 90 kilos, un corps puissant, entretenu, des épaules larges et une taille qui dessinait naturellement ce fameux V. La peau bronzée, quelques poils grisonnants, des traits marqués et surtout ce regard tranquille des hommes qui savent parfaitement l'effet qu'ils produisent.
Et puis il y avait la tenue.
La tenue traditionnelle de pompier, impeccable, ajustée sur sa carrure. Elle ne dévoilait pratiquement rien et pourtant… elle suggérait beaucoup. Peut-être même trop.
Il me tendit la main.
— Bonjour. J'espère que je ne suis pas trop en avance.
Je relevai les yeux vers lui.
— Non. Mais je reconnais que je ne m'attendais pas à vous voir arriver comme ça.
Un sourire apparut au coin de ses lèvres.
— Comme ça ?
— Vous savez très bien ce que je veux dire.
Il baissa brièvement les yeux sur sa tenue avant de me regarder de nouveau.
— Ah… la tenue. Je sors directement de la caserne.
— Bien sûr…
— Vous n'avez pas l'air convaincu.
— Disons surtout que vous avez parfaitement remarqué l'effet qu'elle produit.
Il eut un petit rire grave.
— Ça commence bien.
— Vous jouez toujours autant de votre charme ?
Il s'approcha légèrement.
— Seulement quand je sens que ça fonctionne.
Silence.
Il avait cette façon de parler sans détour, mais sans vulgarité. Une assurance calme, presque insolente.
— Et vous pensez que ça fonctionne ?
Son regard descendit lentement sur moi avant de remonter jusqu'à mes yeux.
— Je pense surtout que vous essayez très fort de faire comme si ce n'était pas le cas.
Je souris.
— Vous êtes toujours aussi sûr de vous ?
— À mon âge, on arrête de perdre du temps à faire semblant.
Il retira lentement sa veste. Le tee-shirt qu'il portait dessous épousait son torse et ses épaules. Impossible de ne pas remarquer la carrure, les bras encore puissants, le ventre ferme.
Et plus bas, le pantalon ajusté laissait deviner une présence particulièrement généreuse.
Il surprit mon regard.
— Vous regardez beaucoup pour quelqu'un qui essaie de rester professionnel.
Je relevai immédiatement les yeux.
— Et vous provoquez beaucoup pour quelqu'un qui vient simplement passer un moment tranquille.
Son sourire s'élargit.
— Touché.
Il fit encore un pas.
Nous étions maintenant suffisamment proches pour que je sente son parfum mêlé à l'odeur chaude de sa peau.
— Vous savez ce qui me plaît ? murmura-t-il.
— Dites-moi.
— Cette tension depuis que je suis entré. On parle normalement… mais tous les deux, on sait parfaitement qu'il y a autre chose qui circule.
Je soutins son regard.
— Peut-être que vous imaginez beaucoup de choses.
— Peut-être.
Il se pencha légèrement vers moi.
— Mais votre regard, lui, imagine exactement les mêmes.
Quelques secondes passèrent sans que personne ne bouge.
Puis je soufflai :
— Vous êtes dangereux.
Il eut ce sourire incroyablement calme.
— Non. Je suis pompier. Normalement, je suis plutôt celui qu'on appelle quand ça commence à chauffer.
Cette fois, impossible de retenir mon rire.
— Celle-là, vous l'aviez préparée.
— Absolument pas.
— Menteur.
— Vous voyez ? Vous commencez déjà à bien me connaître.
Il resta devant moi, le regard toujours accroché au mien.
Et derrière l'humour, quelque chose avait changé.
Le jeu devenait plus intense.
Plus lent.
Plus sensuel.
Cette impression étrange que chacun attendait simplement de voir lequel des deux allait oser réduire les derniers centimètres qui nous séparaient…
À suivre …